Améliorer la santé des hospitaliers
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Le 6 juillet dernier, le Sénat a définitivement adopté une proposition de loi visant à accélérer la féminisation de la haute fonction publique.
Elle porte à 50% le quota obligatoire de primo-nominations féminines aux emplois supérieurs ou de direction et instaure un index de l'égalité professionnelle dans la fonction publique. Julien Gottsmann, directeur général de l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, et Sophie Barre, directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Béziers, témoignent de leurs actions en ce sens.
Selon vous, qu’est-ce qui bloque encore la progression des femmes ?
Sophie Barre : Il est souvent fait référence au plafond de verre, auquel j’ajoute deux notions : « l’escalator de verre » et le « plancher collant ». L’hôpital est un milieu très féminisé et les hommes sont parfois rares dans certaines fonctions : ils peuvent avoir des facilités à progresser et à être plus valorisés que les femmes. C’est ce que j’appelle « l’escalator de verre ». La notion de plancher collant parle, quant à elle, de tout ce qui alourdit les femmes dans leur parcours professionnel et les ramène à la sphère domestique : gestion de la vie privée, grossesse, aide aux aînés, etc.
Julien Gottsmann : Certaines résistances ou certains jeux de pouvoir persistent et ralentissent l’atteinte de l’égalité et de la parité au sein des équipes. C’est un travail de longue haleine, à mener sans entrer dans une logique d’affrontement. L’exemplarité et le dialogue sont essentiels.
Concrètement, quelles sont les actions possibles ?
J.G. : C’est un sujet multifactoriel et nous devons faire feu de tout bois ! Par exemple, nous avons modifié nos fiches de poste pour les rendre non genrées, nous avons rédigé une charte de recrutement et donnons la priorité au sexe sous-représenté lorsque nous décidons d’une nomination. Récemment, nous avons diffusé le film Woman, en présence de ses deux réalisatrices, ce qui a donné lieu à des échanges enrichissants. Nous avons aussi créé un cercle de femmes, piloté par les directions des ressources humaines et de la communication. Son objectif est de créer un temps de rencontres, de discussions et de réseautage réservé aux femmes.
S.B. : De nombreuses actions sont possibles, c’est un changement au temps long. Nous avons un institut de formation aux métiers de la santé au CH de Béziers. Nous y avons, par exemple, instauré une journée sur l’égalité qui permet de sensibiliser les cadres formateurs présents. Et la Direction de l’institut a ajouté des modules traitant de la santé des femmes ou des violences faites aux femmes dans les programmes de formation. Nous avons aussi monté un groupe de codéveloppement pour les femmes qui travaillent à l’hôpital. Celui-ci intègre deux jeunes diplômées, pour réfléchir à la place qu’occupent les femmes au sein de l’établissement et à la singularité des conditions de travail des femmes.
En quoi l'égalité et la parité sont-elles des enjeux importants à l’heure actuelle ?
J.G. : L’égalité et la parité sont bien plus que de simples sujets réglementaires et la pression sociale est réelle. Nous le constatons avec les jeunes générations qui arrivent à l’hôpital, elles sont particulièrement attentives à la marque employeur.
S. B. : J’observe nettement que les candidats sont de plus en plus alertes sur les sujets concernant la conciliation de la vie professionnelle et de la vie personnelle, les notions de respect et de qualité relationnelle. C’est un enjeu majeur pour l’avenir du monde que nous construisons.
Qu’est-ce que cette proposition de loi pourrait changer pour vous ?
J.G. : Nos indices d’égalité et de parité sont plutôt bons, voire très bons. Pour les fonctions au sein desquelles nous avons encore une marge de progression, nous l’avons intégrée dans notre gestion prévisionnelle pour atteindre la parité d’ici trois ans.
S. B. : Avec cette nouvelle proposition de loi, je note surtout que les textes se multiplient sur les sujets de l’égalité et de la parité. Le plan interministériel parle même de « culture de l’égalité ». Aujourd’hui, nous ne devons plus avoir de débat sur le bien-fondé des actions à mener. L’égalité est une valeur non négociable, elle est fédératrice et porteuse de sens.
Nadège Audegond