Améliorer la santé des hospitaliers
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Au CHU de Toulouse, Xavier de Boissezon développe une formation en management hospitalier et qualité de vie au travail (QVT) pour renforcer la performance des soins.
En septembre 2026, le module créé par Xavier de Boissezon, professeur des universités-praticien hospitalier en médecine physique et de réadaptation au CHU de Toulouse et président du Collège des enseignants en médecine physique et de réadaptation (Cofemer), fêtera ses cinq ans. Rencontre avec un précurseur, convaincu avant la réforme des études de médecine, que former les soignants à un management orienté sur la qualité de vie au travail est bon pour la santé et pour le soin.
Quelle a été la genèse de ce module ?
Xavier de Boissezon : J'ai eu l'expérience de deux internes qui étaient très douées, mais qui, en sortie d’internat, ont fait un burn-out. Elles ont pensé arrêter la médecine. Je me suis dit que nous avions passé dix ans à les former, et que si deux ans plus tard, elles pensaient arrêter, c’est que nous avions loupé quelque chose dans notre formation. Ce qu'elles avaient mal vécu, c'était en particulier la rudesse des relations avec d'autres professionnels de santé ou leur direction. Bien préparées sur le plan médical, elles se sont retrouvées en grande difficulté dans le management d'une équipe pluri-professionnelle, sur fond d’injonctions à faire toujours plus avec moins de moyens.
Quel est l’objectif de ce module ?
Xavier de Boissezon : Si les étudiants sont en début d’internat focalisés sur leur spécialité, en fin de parcours, ils sont plus disponibles. C’est ainsi qu’est né un 15e module dans la formation des internes en médecine physique et de réadaptation, proposé deux mois avant la fin de l’internat. Son objectif : les préparer à ce qui les attend, les outiller pour un management orienté sur la qualité de vie au travail. Nous sommes accompagnés par des experts, notamment de l’association Aquavies. On leur parle stress au travail, risques psychosociaux, syndrome d'épuisement professionnel, mais surtout des pratiques qui favoriseront la qualité de vie au travail, la leur et celle de leurs équipes.
Pouvez-vous donner quelques clés de ce bien-être ?
Xavier de Boissezon : Philippe Colombat, fondateur d’Aquavies a identifié, avec une équipe de chercheurs, cinq grands piliers permettant de remonter le moral d’une équipe après des moments éprouvants, extrapolables au quotidien. Ces axes sont : des tours de table équilibrés en réunions multi-professionnelles, de la formation interne entre membres de l’équipe, un espace de soutien et de discussion en cas de difficulté avec les manageurs, le fait de travailler en mode projet, notamment en cas de réorganisations dans le service. Mais aussi un binôme de manageurs médecin-cadre de santé, se voyant de manière hebdomadaire pour parler d’une même voix.
Quels moyens pour ces approches, avec quels bénéfices ?
Xavier de Boissezon : Les moyens nécessaires sont surtout du temps, qui manque toujours. Du temps pour ces actions indispensables, mais qui n’est pas valorisé dans le programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI). Et pourtant, les structures qui soutiennent ces approches obtiennent de meilleurs résultats. Non seulement en termes de qualité de vie au travail des soignants, mais aussi de qualité des soins. Il y a, en effet, moins de complications. Il y a aussi moins de conflits et d'absentéisme. Je suis ainsi appelé à former de plus en plus d’internes et de médecins au CHU de Toulouse. Nous avons créé un module d’e-learning disponible pour tous les internes de France, pour accompagner la réforme des études qui a introduit le management en 3e année, 6e année et lors de l’internat, à la demande de la conférence des doyens de médecine.
Propos recueillis par Neijma Lechevallier