Améliorer la santé des hospitaliers
Dossiers à la une
Face aux enjeux environnementaux, le Conseil national de l’Ordre des médecins lance un think tank pour accompagner le corps médical dans cette réflexion clé.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) lance une vaste réflexion sur les liens entre santé et environnement. Pour le Pr. Stéphane Oustric, son président, et le Dr. Didier Spindler, vice-président en charge du nouveau think tank, l’enjeu est devenu incontournable pour le corps médical.
Pourquoi avoir fait de la santé environnementale un axe structurant de votre feuille de route 2025-2028 ?
Pr. Stéphane Oustric : Sur le terrain, les médecins voient bien que de nouvelles pathologies émergent ou que des maladies, comme le cancer chez les jeunes, progressent. Difficile de ne pas faire le lien avec des causes environnementales. Mais, dans notre métier, les impressions ne suffisent pas. Nous devons nous baser sur la science. Or, il n’y a pas toujours d’études et de données robustes pour corroborer nos intuitions.
Dr. Didier Spindler : Les gens s’inquiètent de plus en plus pour leur santé et celle de leur famille. Ils se demandent si leur environnement est contaminé, ce que cela représente en termes de risques et comment les éviter. Comme ils se tournent naturellement vers leurs médecins pour poser ce type de questions, nous devons aider ces derniers à y répondre.
La section Santé publique de l’Ordre des médecins traitait déjà de ce type de sujets, mais parmi d’autres, tout aussi majeurs : la nutrition, la vaccination, etc. Compte tenu des enjeux, nous voulions lui donner plus de visibilité, avec une vice-présidence dédiée.
Comment cela se traduit-il concrètement ?
Dr. Didier Spindler : Notre entrée sur le sujet s’est faite en juillet 2025, quand nous avons affirmé publiquement notre opposition, au nom du principe de précaution, à la réintroduction de pesticides de type néonicotinoïdes par la loi Duplomb. Nous avons également lancé un think tank chargé d’organiser régulièrement des séances de réflexion sur les grands thèmes de la santé environnementale. En janvier, nous avons par exemple eu une session sur le thème du « One health » (« une santé »), c’est-à-dire sur les liens étroits entre santés humaine, animale et des écosystèmes. La prochaine aura lieu avant l’été, sur l’écoresponsabilité dans l’exercice médical. Chaque fois, nous invitons des experts à débattre : des médecins, des scientifiques, des représentants des agences de santé (Ansas, Santé Publique France…), etc. L’idée est de sortir des échanges avec un bon état des connaissances et une vision partagée des enjeux, que nous pouvons diffuser auprès des médecins pour les aider à répondre à leurs patients.
Pr. Stéphane Oustric : Nouveau venu sur le sujet de la santé environnementale, l’Ordre a besoin de développer son expertise avant de pouvoir peser dans l’élaboration de politiques publiques. C’est un autre objectif de ce think tank.
Comment les soignants peuvent-ils se mobiliser en santé environnementale ?
Dr. Didier Spindler : Face à des canicules de plus en plus fréquentes, les Ehpad ont déjà adopté de nouveaux réflexes, comme l’organisation de tournées d’hydratation. On pourrait imaginer que de telles pratiques se généralisent. Les médecins pourraient par exemple contacter leurs patients hypertendus pour réévaluer leurs traitements (leurs prescriptions de diurétiques, notamment) lors des périodes de fortes de chaleur. Cela demanderait du temps qu’ils n’ont pas. Mais il serait intéressant de travailler sur des solutions.
Les médecins pourraient aussi intégrer dans leurs bilans de prévention, aux côtés des questions sur le tabac ou l’activité physique, des questions comme : « à quelle distance des vignes habitez-vous ? », « avez-vous des animaux de compagnie ? », etc.
Pr. Stéphane Oustric : En tant qu’acteurs de prévention, les médecins ont un rôle à jouer en santé environnementale. Le temps n’est plus au constat, il est à l’engagement.
Pour en savoir plus : consultez notre vidéo « Santé environnementale » sur la plateforme « Les clés de ma santé » en vous connectant à votre espace personnel.
Propos recueillis par Émilie Tran Phong