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Découvrez l’étude de la HAS sur l’appropriation par les médecins des recommandations de 2019 sur le repérage des femmes victimes de violences conjugales.
La Haute Autorité de santé (HAS) publie une étude sur l’appropriation par les médecins des recommandations de 2019 sur le repérage des femmes victimes de violences conjugales. Selon cette enquête, la situation n’a que très peu évolué. Pourtant, aujourd’hui, les professionnels de santé sont mieux armés pour s’emparer du sujet.
Seules 14 % des femmes se souviennent qu’un médecin consulté dans les 18 derniers mois leur a demandé si tout allait bien dans leur couple, et 3 % si elles avaient déjà subi des violences de la part d’un conjoint. C’est ce qui ressort du baromètre réalisé par la HAS en 2022 et 2023. Pourtant, « 96 % d’entre elles n’y verraient rien de déplacé, choquant ou intrusif. Au contraire, elles perçoivent ce questionnement comme légitime et bienveillant, voire, pour les victimes, comme une source de soulagement », souligne Coline Terroba, chef de projet à la HAS, qui suit les actions mises en œuvre depuis les recommandations de 2019 sur le Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple.
« Fumez-vous ? Buvez-vous ? Avez-vous déjà subi des violences conjugales ? »
Même si l’enquête porte surtout sur les pratiques des médecins généralistes, le constat vaut pour les autres professionnels de santé, y compris à l’hôpital : les urgentistes, gynécologues, sages-femmes, infirmiers, pédiatres… « La plupart n’abordent pas le sujet en consultation, car ils n’ont pas appris à le faire, ni pendant leurs études ni en formation continue. Ils ne savent pas comment s’y prendre, explique Coline Terroba. Cela devrait pourtant être une question de routine, à poser systématiquement, au même titre que les antécédents médicaux ou la consommation de tabac. » La démarche n’est pas vaine : on estime que, dans une salle d’attente, 3 à 4 femmes sur 10 en moyenne sont victimes de violences conjugales.
Autre frein rencontré : « Des médecins disent avoir déjà repéré des victimes, puis vu celles-ci revenir sur leur témoignage. Ils l’ont vécu comme un échec, ajoute Coline Terroba. Pourtant, ça n’en est pas forcément un. Le jour où ces patientes seront de nouveau prêtes à parler, elles sauront que la porte du cabinet est ouverte, avec un médecin à l’écoute, empathique. » Pour comprendre et prévenir ce type de revirement, les médecins doivent être sensibilisés au phénomène d'emprise. Il leur faut par ailleurs être en mesure d’apporter rapidement une réponse à la patiente, en ayant déjà sous la main les informations qui pourront l’aider à sortir de sa situation.
Les médecins ne doivent plus avoir peur d’être seuls face à la situation
En cas de danger immédiat, le professionnel doit remplir un formulaire de signalement aux autorités. S’il y a des signes de violences, il doit compléter le dossier médical (signes cliniques, neurologiques, sensoriels et psycho-comportementaux constatés) et il peut dresser un certificat médical ou une attestation, en vue d’alimenter une plainte ou d’obtenir une mesure de protection. S’il a des doutes, notamment s’il n’y a pas de marques physiques, il peut se référer à l’outil d’aide au repérage publié par la HAS en 2022.
Après un dépistage, personne n’attend des médecins qu’ils assument seuls le diagnostic et la prise en charge des victimes. Mais ils doivent avoir une liste de contacts vers lesquels les orienter. Cette liste dépend de l’organisation locale des soins. Il faut donc déjà s’être renseigné sur l’unité médico-judiciaire (UMJ) la plus proche qui pourra confirmer son diagnostic, sur la possibilité ou non dans son établissement de porter plainte sur place, sur les associations spécialisées, les psychiatres, etc. Cette recherche préalable demande du temps, mais elle est aujourd’hui facilitée par des sites dédiés (voir encadré).
> Comment repérer et agir ?
Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple
Vers qui orienter les victimes ?
Que la patiente veuille agir ou non, le médecin peut lui fournir les numéros d’urgence (le 15 par téléphone, ou le 114 par SMS), les numéros où trouver un soutien (le 3919). Il doit aussi pouvoir orienter vers des structures spécialisées. Des sites web regroupent aujourd’hui toutes ces ressources, notamment les contacts possibles par département, pour faciliter la tâche des médecins : arretonslesviolences.gouv.fr, declicviolence.fr
Émilie Tran Phong