Améliorer la santé des hospitaliers
Focus prévention
La MNH et les établissements hospitaliers renforcent leurs actions pour mieux accompagner la santé des hospitalières.
Parce que 80 % des personnels hospitaliers sont des femmes, leur santé représente un enjeu prioritaire pour la MNH. L’objectif est de les soutenir dans leur accès aux soins, la prévention et les transitions de leurs parcours de vie. Entretien croisé avec Sandrine Gamblin, administratrice MNH, et Pauline Maisonneuve, directrice des ressources humaines du groupe hospitalier de Saintes – Saint-Jean d’Angély en Charente-Maritime.
Quels sont les besoins des hospitalières en matière de santé ?
Sandrine Gamblin : Les hospitalières cumulent une charge mentale importante et ont tendance à prioriser le bien-être des autres avant le leur. Leur rythme de travail, marqué par des alternances de jours et de nuits sans visibilité sur le long terme, complique la prise de rendez-vous médicaux, généralement proposés à des dates éloignées. Ce mode de vie affecte également leur alimentation et augmente les risques de maladies cardiovasculaires ou d’addictions.
Pauline Maisonneuve : Comprendre les besoins des hospitalières en matière de santé reste un défi, car les femmes expriment rarement leurs difficultés de santé. Et lorsqu’elles le font, c’est souvent avec retenue. À mon arrivée en 2022 dans mon établissement, j’ai choisi de m’atteler à la question de la parentalité, ainsi qu’à celle de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Mon ambition était d’aider les hospitalières à concilier ces dimensions sans avoir à sacrifier l’une pour l’autre. Ce dilemme est particulièrement marqué chez les femmes, qui placent souvent la santé des autres avant la leur, et c'est encore plus prégnant chez les soignantes.
Comment mieux accompagner les hospitalières à prendre soin de leur santé ?
Pauline Maisonneuve : Cette culture du silence et les obstacles spécifiques à l’accès aux soins dépassent le cadre d’action d’une direction des ressources humaines. Pourtant, des initiatives empiriques portent leurs fruits. Par exemple, l’accueil du Bus du cœur dans notre établissement a révélé un fort intérêt des personnels pour le dépistage des maladies cardiovasculaires. Nous avons donc décidé d’approfondir cette thématique en partenariat avec la MNH, en organisant une journée de consultations de dépistage réservée à nos personnels hospitaliers. Elle se tiendra en horaires décalés (de 12 h à 22 h), en mars, pour permettre aux équipes de jour comme de nuit d’en bénéficier.
Sandrine Gamblin : Pour mieux connaître les besoins des hospitaliers, la MNH s’appuie sur des baromètres annuels réalisés avec Odoxa, qui dressent un état des lieux de la santé des soignants. Ces données sont couplées à des travaux de recherche menés par la Fondation MNH. Elles guident notre réflexion et nous ont conduits à faire de la santé des femmes une priorité pour 2026. Avec l’appui d’Isabelle Jean, administratrice du comité prévention et impliquée sur les sujets de santé environnementale à l’hôpital, nous avons conçu un parcours en ligne pour sensibiliser les professionnelles de santé à ces enjeux. Il est disponible dès maintenant sur la plateforme Les clés de ma santé, dans l’Espace personnel, dédié aux adhérents. Par ailleurs, face aux contraintes organisationnelles des hospitalières, nous privilégions des actions « aller-vers », comme des dépistages organisés directement dans les établissements, à l’instar de ce que nous faisons au GH de Saintes – Saint-Jean d’Angély en mars . L’objectif est de faciliter l’intégration de leur santé dans leurs emplois du temps chargés.
Comment évolue la prise en compte des besoins en santé des hospitalières ?
Sandrine Gamblin : Aujourd’hui, la prévention n’est plus une option et elle fait partie des priorités des directeurs d’établissement. Au sein de la MNH, les directions travaillent de manière transversale pour développer des actions variées, en présentiel et en ligne, systématiquement évaluées et ajustées au terrain.
Pauline Maisonneuve : Il est essentiel de rester humble, car les problématiques des femmes demeurent encore en partie méconnues. Cependant, notre impact peut être significatif, notamment dans certaines régions où les établissements hospitaliers sont souvent les premiers employeurs locaux. Dans notre établissement, nous concevons chaque initiative pour qu’elle soit reproductible, afin d’inspirer d’autres équipes et ainsi agir à plus grande échelle.
Propos recueillis par Nadège Audegond