Améliorer la santé des hospitaliers
Focus prévention
Pour Arnaud Goulliart, délégué général de la Fédération française pour les liens sociaux, les échanges informels entre collègues ont un effet protecteur sur la santé mentale.
Les échanges informels entre collègues ont un effet protecteur sur la santé mentale : ils permettent de respirer, mais aussi de se sentir moins seuls face aux difficultés. Pour Arnaud Goulliart, délégué général de la Fédération française pour les liens sociaux, ancien infirmier, c’est encore plus vrai dans le secteur de la santé.
Votre association agit pour plus de liens sociaux, notamment en milieu professionnel. En quoi cela peut améliorer la santé mentale des professionnels de santé ?
Arnaud Goulliart : Quand le collectif de travail est soudé, chacun peut parler de tout et de rien avec ses collègues. Mais aussi, si besoin, partager ses difficultés et ses émotions. Les individus s’y sentent assez en sécurité, entendus et compris, pour être eux-mêmes. Cet équilibre entre liens faibles et forts constitue un facteur protecteur, voire réparateur, qui contribue au bien-être et à la résilience des individus face au stress.
Les organisations elles-mêmes ont tout à y gagner : des équipes en bonne santé sociale sont plus productives et engagées.
Pourtant, on constate aujourd’hui une dégradation de la santé mentale chez les professionnels de santé…
A. G. : Si les liens sont dégradés au sein d’un service, si chacun ne fait qu’accomplir ses tâches sans avoir de relations de qualité avec les autres, ou si les liens n’ont pas le temps de s’établir en raison d’un turn-over important, cela peut avoir un impact négatif sur les individus. Le fait que les échanges informels et la convivialité trouvent de moins en moins de place dans les organisations n’aide pas à développer des liens qui comptent, qui font se sentir exister et appartenir à un groupe. C’est pourquoi certaines personnes, bien que travaillant en équipe, souffrent de solitude.
Dans les établissements de santé et médico-sociaux, rétablir la force du collectif est particulièrement essentiel. Les métiers de la santé, en contact permanent avec la douleur et la maladie, ont un risque plus élevé que les autres d’épuisement professionnel.
De quels leviers disposent les managers hospitaliers pour recréer des liens sociaux de qualité, et redonner au collectif son rôle protecteur ?
A. G. : Ils peuvent agir sur l’environnement de travail, en aménageant des espaces et des temps qui favorisent les discussions libres, sans objectif. Ils peuvent aussi se former au repérage des signes de solitude et d’isolement (réflexe d’évitement social, etc.) ainsi qu’à la posture à adopter pour aborder le sujet sans stigmatiser. Notre association peut les soutenir dans ce sens.
En même temps, il faut le souligner : les managers eux-mêmes peuvent souffrir de solitude, avoir du mal à trouver des gens avec qui partager leurs difficultés sans tabou. Pour eux aussi, il est important d’avoir cette attention, de créer par exemple des espaces d’échange entre pairs. Cela peut les aider à se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls à vivre une situation, et à trouver ensemble des solutions.
Chiffre clé :
86 % des professionnels de santé estiment que la santé mentale est déterminante pour bien exercer leur métier.
Or, 35 % se disent en mauvaise santé mentale.
C’est l’un des enseignements de l’enquête de l’Observatoire MNH sur la santé des soignants, en partenariat avec l’institut CSA.
Émilie Tran Phong