Améliorer la santé des hospitaliers
Dossiers à la une
Pour la dixième année consécutive, la MNH a interrogé les hospitaliers afin de comprendre leurs besoins en santé dans le cadre de son Observatoire. Les résultats de cette enquête d’envergure1 permettent d’identifier des actions concrètes pour prendre soin de leur santé et faire de la santé un levier d’attractivité et de fidélisation pour les établissements.
La santé est la priorité n° 1 des soignants
58 % des soignants placent la santé en tête de leurs préoccupations, loin devant les autres sujets du quotidien, et 20 points au-dessus de la population française. En 2026, 16 % d’entre eux se déclarent en mauvaise santé, mais leur état de santé tend à s’améliorer depuis la sortie de crise sanitaire (ils étaient 24 % en 2022 à se dire en mauvaise santé).
Ces résultats attestent toutefois de l’impact de leurs conditions de travail sur leur état de santé. En effet, les rythmes atypiques, le travail de nuit, les charges physique et émotionnelle affectent leur état de santé général, et les exposent particulièrement aux troubles musculosquelettiques et aux risques psychosociaux.
Le rapport au travail des jeunes soignants évolue
Alors que près de 80 000 infirmiers pourraient manquer d’ici 2050 selon une étude de la Drees, attirer et fidéliser les jeunes professionnels devient stratégique. Or, leur rapport au travail évolue. En effet, 91 % des hospitaliers de moins de 35 ans déclarent être exposés au stress, à l’anxiété ou à la charge mentale (vs 50 % des Français sur la même tranche d’âge). Et 20 % des étudiants infirmiers abandonnent leur formation, soit deux fois plus qu’il y a dix ans. Les jeunes professionnels expriment ainsi des attentes fortes en matière d’accompagnement, notamment en termes de gestion du stress. Un signal positif cependant : 66 % des professionnels de santé se disent satisfaits de leur travail, le niveau le plus haut depuis 2017.
La féminisation des effectifs engendre des enjeux spécifiques
78 % des professionnels exerçant au sein de la fonction publique hospitalière sont des femmes, dont la moyenne d’âge est de 42 ans. La vie professionnelle de ces femmes hospitalières est rythmée de grandes étapes touchant à la sphère personnelle et intime : grossesse, parentalité, conciliation vie professionnelle/vie personnelle, périménopause et ménopause.
Dans ce contexte, l’exercice professionnel peut avoir des conséquences concrètes sur leur état de santé, et l’organisation de leur vie familiale. Ainsi, 85 % des hospitalières s’arrêtent pour raison de santé avant leur congé maternité. 23 % des professionnelles de santé (36 % des médecins) ont repoussé un projet d’enfant en raison de leur carrière (contre 14 % des femmes actives en emploi).
Plus largement, les hospitalières ont moins recours aux dispositifs de dépistage ou de prévention : elles sont seulement 1 sur 2 à avoir déjà réalisé un dépistage du cancer du sein, contre 1 sur 3 dans la population générale.
Des leviers d’adaptation pour les organisations
Les enseignements de cet Observatoire apportent des pistes d’actions concrètes pour les directions d’établissements. Ainsi, ils confirment la place centrale de la prévention comme levier d’efficacité économique. En effet, l’étude récente pilotée par le Dr Philippe Denormandie, avec le soutien de l’EHESP et de la Fondation MNH, a mis en évidence que des professionnels de santé présents en mauvaise santé pouvaient représenter un coût jusqu’à 8 fois supérieur au coût d’un personnel absent, en raison de la désorganisation des équipes, d’une moindre qualité des soins réalisés, et d’un risque accru d’arrêt maladie plus long. Afin d’accompagner les établissements de santé dans leurs actions de prévention et d’amélioration des conditions de travail, la MNH a conçu des dispositifs concrets dont ils peuvent se saisir et déployer de manière pérenne.
Focus sur la santé mentale fragilisée chez les soignants
57 % des soignants interrogés jugent leur charge de travail excessive et 64 % déclarent rencontrer des troubles du sommeil (36 % tous les jours ou presque). 86 % des professionnels de santé estiment également que la santé mentale est déterminante pour bien exercer leur métier (+20 points par rapport au reste des Français). Or, 35 % d’entre eux se disent en mauvaise santé mentale (vs 14 %), et 45 % affirment ressentir du stress ou de l’anxiété liés au travail (vs 16 % dans la population générale).
Nadège Audegond
1 Questionnaire autoadministré en ligne du 19 novembre au 8 décembre 2025, auprès d’un échantillon représentatif de 1132 professionnels de santé et d’un second échantillon représentatif de 1 009 Français, à titre comparatif.